Psychothérapie et Psychanalyse ?

Psychothérapie individuelle d’adulte ou d’adolescent, thérapie familiale, de couples, dessins d’enfant ou analyse des pratiques professionnelles… Différentes thérapies brèves ou analytiques sont employées selon la demande et les besoins.
Une psychothérapie sera plus ponctuelle (quelques séances) pour aborder et dépasser des difficultés repérées. Elle se déroule en face à face avec une présence et une interaction du psychothérapeute plus marquées.
Une Psychanalyse peut suivre, si le patient en ressent et le besoin et le désir. Elle se déroulera plus fréquemment (mais pas obligatoirement) sur le divan. Le Psychanalyste dans une écoute active, se fera néanmoins moins intervenant, afin de laisser au patient la possibilité de déployer ses associations libres, ses silences, ses émotions…


Janus, dieu des passages, des commencements et du temps

La psychanalyse est une expérience singulière, une découverte de soi-même en profondeur… Un chemin de liberté qui permet à l’analysant de lâcher prise sur ses fantasmes et conflits internes, et de « savoir y faire » avec lui même, avec ses désirs, avec sa vie.
En découvrant une partie de son inconscient, en cernant ses désirs essentiels, le patient renoue avec la possibilité, en toute lucidité, d’un choix singulier… Une quête de sens pour son existence.

Les nymphéas de Claude Monet

Les nymphéas de Claude Monet (à voir et à revoir à L’Orangerie) sont l’image même des trois dimensions de la clinique Borroméenne de Jacques Lacan… Une image impossible bien sûr puisque le Réel, par définition, n’a pas d’image !
Claude Monet peint la surface de l’eau (qui peut représenter, imager le symbolique, c’est-à-dire le philtre des mots…) au travers de laquelle nous percevons le fond de l’étang (le Réel recouvert bien sûr par le symbolique, c’est-à-dire le monde recouvert par les mots…) mais cette surface reflète aussi le ciel (l’Imaginaire). Évidemment ces trois plans, trois dimensions, ne sont pas étagés (en bas, en haut et au milieu) mais au contraire inextricablement mêlés… Avec de multiples raccords, trous, fusions…

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Les nymphéas – Claude Monet

Certes c’est impossible de peindre trois surfaces (fond, surface de l’eau, ciel) sur la même surface… Cette illusion, ce tour de force de Monet est sans doute la meilleure image possible des trois dimensions Réel, Imaginaire et Symbolique.

La jouissance

Un traumatisme c’est ce que nous répétons sans cesse (Le langage par exemple est un traumatisme. Nous parlons sans cesse ! Pourquoi ?). Pourquoi répétons-nous les mêmes échecs, les mêmes histoires bancales, les mêmes maux… Parce que cela nous fait jouir ! Il faut entendre jouir ici, en psychanalyse, en positif comme en négatif : ce qui nous impact, ce qui, pour nous, est important, nous fait vibrer (un chagrin d’amour est l’exemple type de cette jouissance). Nous répétons sans cesse car notre inconscient choisit la jouissance même douloureuse (même mortelle !) : tout plutôt que le vide, le « ça n’a aucun sens », le trou du Réel.

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© Géraldine Georges/ Colagene pour Philosophie Magazine

La clinique du « tout dernier Lacan » cherche à comprendre cette jouissance dans les trois registres de l’Humain (Symbolique (les mots, le langage) Imaginaire (le monde des images) et Réel aussi (la jouissance du corps sans mots ni image). On peut transformer sa jouissance symbolique ou imaginaire (travail classique de psychanalyse avec les mots et les rêves), mais il est très difficile de changer sa jouissance réelle, cette jouissance du corps hors sens (la sexualité par exemple !). Par des actes aussi, hors sens (hors mot ou image comme une non séance !), la clinique du « tout dernier Lacan » veut apprivoiser cette jouissance, « Savoir y faire avec »… Cette jouissance c’est la part la plus singulière de chaque être humain.

Le délire généralisé

Dans son premier enseignement, Jacques Lacan écrit : « N’est pas fou qui veut ». Il sépare la folie (structure psychotique ou des pans de réalité manquent) à une « normalité » (la structure névrosée qui admet le complexe d’Œdipe (l’apparition d’un tiers (le père ?) qui fait coupure !), c’est-à-dire accepte d’être un être humain singulier, séparé de sa mère, de l’Autre qui le comble… d’être manquant (Le roc de la castration).
Dans le tout dernier Lacan il n’y a pas d’accès à la réalité, au Réel. Car le Réel, le monde qui nous entoure, nos existences sont hors sens… Le Réel n’a pas sens. Mais l’être humain a besoin de sens (les « illusions nécessaires » disait Freud), donc il crée un sens à sa vie (Dieu, le travail, la famille, l’amour, avoir de l’argent… être psychanalyste !) : Il délire ! (Lacan a pris deux exemple de délires caractérisés : Le catholicisme et son propre enseignement !).

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Les délirants Marx Brothers

Il n’y a donc plus de séparation nette entre psychose et névrose puisque tous travestissent le Réel… C’est une clinique continuiste où il existe une multitude de structure (de la schizophrénie en passant par la perversion, jusqu’à l’Obsessionnel (plutôt les hommes) et l’Hystérie (plutôt les femmes)… Mais aussi la structure Abandonnique sur laquelle je travaille actuellement ou la « psychose ordinaire »).
Chacun, pour tromper le manque structurel, incomblable de toute existence, doit trouver, choisir le sens qu’il veut donner à sa vie (du Nirvana (rien ne manque) au capitalisme (j’achète ce qui manque !).

Le tout dernier enseignement de Lacan ?

La dernière clinique lacanienne s’appuie sur le nœud borroméen qui noue trois dimensions : Symbolique (les mots), Imaginaire (les images) et Réel. Le Réel est ce qui échappe au Symbolique et à l’Imaginaire… Hors sens, il peut être vu comme le zéro, le trou, le vide qui permet le manque, le désir…Qui permet à l’imaginaire de se déployer, se renouveler.

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Le réel, in-interprétable, est toujours masqué, recouvert, invisible car inenvisageable (sans mot) et traumatique… C’est une clinique qui se doit de dépasser le travail des mots, du symbolique, du « blabla »… Elle opère en actes, déplacements, événements.
Qu’est-ce qui change radicalement ? Le délire généralisé (« On délire tous ! ») et l’approche clinique des traumas vus par la jouissance (réelle, symbolique et imaginaire).

Pour respecter tout le monde, on ne tient compte de personne !

A quelle heure, quel âge, à partir de combien de mois, d’années… L’institution prend-elle en compte les demandes de ses usagers ? Ecoles, hôpitaux, orphelinats… Les institutions organisent leur fonctionnement sans l’avis des personnes concernées. Dans un cadre fixe elles fonctionnent sans être perturbées par la singularité de chacun. « Pour respecter tout le monde, on ne tient compte de personne ! » telle est la devise.
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Ce principe, universel aujourd’hui, s’appuie sur un biais, considérant seulement l’institution et non sa mission. Ainsi les gouvernements se flattent de l’augmentation du P.I.B. même si les populations sont plus pauvres ! Ainsi l’objectif de 80% d’une classe d’âge au Baccalauréat, même si le diplôme ne sert plus ! Ainsi la police se félicite (sic !) de l’augmentation des arrestations, même si le passage en prison est l’école de la grande délinquance ! Des victorieuses interventions militaires qui détruisent les pays aux cantines qui servent des repas que les élèves ne mangent pas… Les exemples sont légions. Pourquoi est-ce si difficile d’écouter chacun… de dépasser notre conception patriarcale ?

Dieu le père n’est plus !

« Tout ce que tu fais pour la personne sans la personne, tu le fais contre la personne » est une réflexion sur la fin annoncée du patriarcat. L’émancipation des femmes (surtout vis-à-vis de la maternité) et l’égalité des sexes (l’abandon du « père chef de famille ») inversent l’ordre de notre société fondé sur un principe millénaire : Dieu le père !
Ou son corollaire : le Père représentant de Dieu !

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Michel-Ange, plafond de la chapelle Sixtine, Rome

C’est toute une vision du pouvoir représentatif qui s’effondre… Et toutes ses déclinaisons : du roi représentant de Dieu, du tyran ou président représentant du peuple, père de la nation, du député au patron représentant local ou professionnel … jusqu’au père détenteur du pouvoir familial !

Faire pour la personne sans la personne au nom de Dieu, du peuple ou du « bon sens » devient illégitime. Ainsi construire un barrage ou un aéroport… Ainsi décider des salaires ou réformer des retraites… Ainsi conclure des accords commerciaux entre nations ou accueillir des migrants… Ainsi redécouper des régions ou construire un espace européen… Au nom de qui ? Au nom de quoi ?

Construire une éthique au sens d’Habermas, c’est-à-dire un processus où chacun participe aux décisions qui le concernent… Où chacun peut accepter la légitimité des décisions prisent en son nom dans les multiples dimensions de son existence : personnelle, familiale, citoyenne, professionnelle… Tel est l’immense défi de nos sociétés occidentales, de nos instances politiques et de nos institutions.

Je n’existe plus !

« Faire pour l’autre sans l’autre » est le principe d’optimisation de toutes nos institutions. En généralisant par exemple les protocoles standardisés de soins et de diagnostics, nous ne soignons plus des malades, nous traitons les maladies. Nul besoin d’entendre le patient, il suffit de lister ses symptômes… Nul besoin d’entendre un enfant, il suffit de lister ses besoins !


Confondre le malade avec « ses troubles », le prisonnier avec son délit, l’immigrant avec son statut d’étranger, le citoyen avec son bulletin dans l’urne, l’enfant avec ses besoins… C’est nier l’existence même du malade, prisonnier, immigrant, citoyen, enfant ! Étonnamment les maladies deviennent incurables (sida, cancer, Alzheimer…), les prisonniers récidivistes, les immigrants menaçants, les citoyens abstentionnistes, les enfants sans respect ni valeur ! A nier l’Autre comme nous même, combien de temps nous faudra-t-il pour revenir aux errements du funeste XXème siècle ?

Maternage des institutions : Le ravage !

« Tout ce que tu fais pour la personne sans la personne, tu le fais contre la personne » est un principe et une critique du fonctionnement de la plupart de nos institutions qu’elles soient de soins, de formations, d’accueils, politiques… Ayant étudié, en situation de pratique professionnelle, plusieurs institutions (C.M.P. adultes, hôpital psychiatrique d’adolescents, I.M.E. pour polyhandicap, Foyer de l’enfance…), on s’aperçoit vite que le « service rendu » est au prix d’un maternage engloutissant, ce que Jacques Lacan a pu appeler un ravage !

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Masaccio, Vierge à l’Enfant ou Vierge de la chatouille, Florence

Le trait commun de ces institutions, c’est l’absence d’écoute des usagers selon le principe « Pour respecter tout le monde, on ne tient compte de personne ! ». Gratuit, infantilisant, sur-handicapant… « Chosifier » l’autre, contester la singularité de ses désirs, n’est-ce pas chosifier l’institution elle-même, empêcher toute rencontre… Finalement se nier soi-même ?