La Clinique de La Borde

« Résistez à tout ce qui est concentrationnaire » (J. Oury, 1989).

En 1953, J. Oury ouvre la clinique de La Borde, un « groupe thérapeutique » au modèle d’organisation inspirée des expériences de F. Tosquelles à Saint Alban. Lutte contre l’aliénation sociale et mentale, le premier travail de désaliénation concerne l’outil thérapeutique : rotation des tâches, diversification des fonctions où soins et écoute sont l’apanage de tous. En effet, tout le personnel, du médecin au cuisinier, est formé à accueillir la parole du patient, et à y faire face par lui-même, complétant la prise en charge individuelle, singulière, par une personne fixe.

La charte de la personne hospitalisée à La Borde comprend onze articles, résumons en ici quelques-uns :
– Toute personne est libre de choisir son établissement de santé. Le service public hospitalier est accessible à tous.
– Les établissements de santé garantissent la qualité de l’accueil, des traitements et des soins. Ils sont attentifs au soulagement de la douleur et mettent tout en œuvre pour assurer à chacun une vie digne, avec une attention particulière à la fin de vie.
– La personne hospitalisée participe aux choix thérapeutiques qui la concernent. Elle peut se faire assister par une personne de confiance qu’elle choisit librement.
– Un acte médical ne peut être pratiqué qu’avec le consentement libre et éclairé du patient. Celui- ci a le droit de refuser tout traitement.
– La personne hospitalisée peut, sauf exceptions prévues par la loi, quitter à tout moment l’établissement après avoir été informée des risques éventuels auxquels elle s’expose.
– La personne hospitalisée peut exprimer des observations sur les soins et sur l’accueil qu’elle a reçus. Dans chaque établissement, une commission des relations avec les usagers et de la qualité de la prise en charge veille, notamment, au respect des droits des usagers. Toute personne dispose du droit d’être entendue par un responsable de l’établissement pour exprimer ses griefs.

La Borde est une affirmation que le soin pour les patients psychotiques nécessite des lieux d’hospitalisation, des moyens et du temps, quels que soient les mérites de la sectorisation. Avec l’exigence que le temps du soin intra-institutionnel soit le contraire d’un enfermement. La «liberté de circulation  du patient dans l’institution va être une occasion de retrouver une existence et une histoire, afin que sa trajectoire transférentielle soit signifiante» (P. Delion, 2005). Enfin au système pyramidal, il faut substituer un dispositif horizontal où la parole libre permet la parole vraie. La transversalité (F. Guattari, 1970) vient répondre à une double exigence : vigilance contre les forces délétères de toute institution ; protection contre la « psychotisation » du collectif soignant. Elle entend surmonter deux impasses : la verticalité écrasante et cloisonnante ; la simple horizontalité qui enlève tout désir et n’engendre que la « latéralité des symptômes ». La transversalité se réalise lorsqu’une « communication maximum s’effectue entre les différents niveaux et surtout les différents sens ». Permettant le jeu de l’hétérogénéité, elle ouvre celui du désir. C’est donc une nécessité clinique.

(Extraits de « Tout ce que tu fais pour la personne sans la personne,
tu le fais contre la personne » J. Godebski, L’Harmattan 2015)

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Clinique de La Borde

Des vidéos prises sur le vif des ateliers et conférences sont disponibles sur la chaîne :  Jean Godebski – You Tube

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