Culpabilité : un indispensable mécanisme de défense ?

A quoi sert la culpabilité ? Dans Malaise dans la civilisation, Freud nous explicite le premier ressenti qui bouleverse l’être humain : Un profond sentiment de haine !

Face à ce sein qui tarde, ce biberon qui ne vient pas alors que bébé pleure… de plus en plus fort, de plus en plus longtemps… Alors qu’il se vit comme un avec sa mère, un même corps, une même personne, une unité… Le nourrisson croit que sa mère ne veut pas le nourrir. Ma mère ne m’aime plus ? Elle me rejette ? Elle me laisse mourir ? Cet Autre là, contre moi… Je la déteste.

La culpabilité est un mécanisme de défense
Magritte La mémoire (1948 – détails)

A la suite de Freud, Mélanie Klein décrit cette pulsion de mort, cette pulsion de haine par le clivage : Je déteste la mauvaise mère extérieure et j’aime la bonne mère intérieure… Ainsi  « Toutes des putes sauf ma mère », ainsi le ravage Mère/fille (J’aime ma mère je me déteste ou je m’aime/je déteste ma mère), ainsi le racisme (nous sommes aimables, les autres haïssables).

Cette pulsion de mort décrite par Freud comme « pire catastrophe de l’humanité » est la cause de tous nos conflits, de toutes nos guerres… Mais elle est aussi fondatrice de l’individuation du sujet humain… Le nous devient Je… Je suis.

Face à cette castration avant l’heure : Je ne suis pas ma mère… Je suis un bébé tout seul… Plusieurs mécanismes de défense sont possibles :
Dans la structure psychotique : la schizophrénie « Ce n’est pas vrai, nous sommes toujours Un » ; La paranoïa « Ce n’est pas vrai, ce sont les autres qui complotent contre nous » ; Enfin la mélancolie  « Si c’est vrai, tout est foutu ! »

Dans la structure Perverse « C’est vrai, mais avec un objet (un doudou), elle est toujours avec moi » ou encore « C’est vrai, mais comme je suis ce qu’elle attend de moi, elle ne peut me laisser »

Dans la structure névrotique enfin « C’est vrai mais c’est de ma faute… C’est moi qui suis mauvais, sale, pas aimable, coupable… Si je suis autre, l’enfant qu’elle attend, bon, gentil, aimant… Elle va revenir damned»

Ainsi contrairement au préjugé, ce n’est pas l’Autre, Dieu, la société ou nos parents qui m’ont jugé mauvais, pas aimable… En tant que Névrosé, la culpabilité est de structure, car c’est le moyen le plus efficace (le moins coûteux) pour survivre, effacer, refouler cette insécurité d’être un bébé tout seul… Traumatisme de n’être pas unis, de ne pas faire qu’un avec l’Autre… Fantasme de la complétude.

Ce nourrisson qui dépend en tout, entièrement de sa mère (ou de la personne en charge cette fonction maternelle) n’a pas les moyens de la haïr… Si je pense que ma mère me veut du mal… Je meurs !

Haine mortelle, impensable, impensée… Le clivage ne peut pas être sur ma mère (si c’est de la faute de ma mère c’est foutu !), mais en moi : Il existe un moi mauvais, haïssable, qui porte ce traumatisme de séparation… Mais ce nourrisson détestable, cette culpabilité, je la fais disparaître, je l’enfouie au plus profond, je l’oublie ou la projette à l’extérieur… Moi je suis une belle personne aimable et donc en sécurité… Jamais ma mère ne va m’abandonner sacrebleu… Jamais !

Des vidéos prises sur le vif des ateliers et conférences sont disponibles sur la chaîne :  Jean Godebski – You Tube

5 réponses sur “Culpabilité : un indispensable mécanisme de défense ?”

    1. Les mécanismes de défense relèvent d’Anna Freud opposée à M. Klein. Malaise dans la civilisation me parait inappropriée pour traiter de l’infans. Le For Da l’est bien davantage. Le ” nounou ” objet transitionnel du côté de la perversion? Comprends pas. Le petit en fant “hallucine ” l’absence de la mère (Klein) . Pour le clivage OK.
      Cordialement.

      1. Je garde “les mécanismes de défenses” (comme le refoulement par exemple) car je ne sais les nommer autrement (mais pas Anna Freud, à l’origine pour moi, d’une grande dérive de la psychanalyse)… C’est dans Malaise dans la civilisation que Freud évoque ce premier sentiment qui fonde l’être humain : un profond sentiment de haine (la pulsion de mort)… Le doudou (et non “nounou” ??) est l’objet par lequel rien ne manque (objet fétiche par excellence), l’enfant est pervers polymorphe (il traverse (ou pas) les structures (schizophrène, paranoïaque, mélancolique, pervers, névrosé), en garde des traits plus ou moins saillants… Cordialement JG.

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