Jouissances abandonniques

« Jouissances abandonniques » est la cinquième partie de la conférence « Passions et solitude… », après « Un abandonnique… Corbleu ! », « Structure abandonnique… Un fantasme ? », « Abandonniques… Mais pas trop ! » et « Seul peut-être… Mais peinard ». Qu’est-ce qui fait la compulsion de répétition et comment peut-on expliciter ces symptômes, cette jouissance chevillée… Pardieu ?

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Yash Godebski Fille a la banquette rouge

 La structure abandonnique (névrose abandonnique) ne se définie pas par ses traumas (réel ressenti d’abandon), mais par ses symptômes… Ce qui se répète inlassablement… La rupture amoureuse… L’impossibilité de « faire » couple. Cette répétition que beaucoup ressente comme une malédiction, cette compulsion à quoi est-elle due ? Le dernier Lacan nous éclaire sur ce point : nous répétons nos symptômes car ils nous font jouir. Il faut prendre ici le mot jouissance dans son acceptation psychanalytique (lacanienne !) : ce qui est important pour moi, ce qui me fait vibrer, autant en positif (quel bonheur !) qu’en négatif (quelle douleur !)… Ce qui masque le vide, le non sens… Peste.

Nous pouvons définir deux positions symptomatiques de cette névrose : l’abandonnant et l’abandonné. La première est sans doute la plus défensive, la plus archaïque : Je ne peux « revivre » la douleur d’un abandon (en réalité cette douleur n’a jamais été vécue consciemment car immédiatement refoulée durant le trauma d’enfance), j’abandonne donc toute relation dès qu’elle devient sérieuse, avant d’être en position de pouvoir souffrir d’un nouvel abandon, avant que l’autre ne décide de m’abandonner…
La deuxième position, je suis l’abandonné, est moins culpabilisante (c’est la faute de l’Autre), à condition de survivre à la violente souffrance sans cesse réitérée du trauma… Le monde est désert, et je suis « explosé » (« démantibulé ») contre un mur… Avec ce désir d’enfant abandonné : que l’Autre revienne…

Pour jouir « correctement » de son trauma, il faut choisir la bonne personne (l’inconscient fait ça très bien caramba)… Un autre abandonnique. Comment convaincre l’autre de ne pas partir, de revenir… Comment jouir de ce thriller (on reste ensemble ou pas ?), de cette séduction toujours indispensable, si l’autre s’installe à demeure avec aucune intention (aucune jouissance non plus) de départ ! Ainsi un abandonné (qui avait souvent été d’abord un abandonnant, c’est à dire dans l’impossibilité de re-sentir une douleur d’abandon ) peut redevenir abandonnant si l’autre tarde à le plonger dans sa jouissance, tarde trop à faire mine de partir… Ventrebleu.

Dans cette structure, le couple est vu comme un équilibre instable, un polar passionnant (et passionné) dont on à l’espoir qu’il dure longtemps (trois semaines? trois mois ? trois ans ?) mais qui, contrairement aux films hollywoodiens, finit toujours mal. Car pour une structure abandonnique, l’Autre comble, m’apporte le bonheur (la complétude)… Ou alors il n’est pas l’âme sœur, la moitié d’orange… Il n’est rien… Et je dois le quitter afin de trouver enfin mon Autre. Car l’image même d’un « vieux » couple qui n’a plus rien à se dire, c’est l’enfer… Et être seul, c’est éprouver cette castration (ça manque toujours) que le trauma d’abandon nous à empêcher d’accepter. Les abandonniques sont donc toujours devant ce paradoxe : plus la relation se passe bien (plus le risque d’être abandonné est sévère ! Et plus le fantasme de la complétude s’évente diantre)… Plus il faut partir. « Courage fuyons » « Il faut que je le quitte » sont leurs maximes… Sinon de rester ensemble « en toute amitié »… Palsembleu.

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Les Abandonniques… Conférence avril 2018

Dans une sixième partie, « Relations abandonniques », outre la compréhension des défenses narcissiques, des liens d’amitiés ou des parcours professionnelles, nous essayerons de percevoir comment l’inconscient reconnaît l’Autre abandonnique… Car il faut toujours être deux pour danser le tango Saperlotte.

Des vidéos prises sur le vif des ateliers et conférences sont disponibles sur la chaîne :  Jean Godebski – You Tube

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