La crise du père

Après la Deuxième Guerre mondiale, l’évolution se précipite et le père voit s’étioler son rôle de chef de famille. Travail des femmes, maîtrise de la fécondité (la pilule à partir de 1967), dépénalisation de l’avortement (1975), les femmes ont alors la liberté d’enfanter ou non. Elles sont responsables de leur maternité, mais aussi de la paternité de leur partenaire. Et l’Etat providence prévoit une allocation pour les familles monoparentales. Mais l’attaque frontale de l’autorité paternelle, c’est Mai 68. Refus de l’autorité (« il est interdit d’interdire »), rêve d’abolir les différences de générations et de sexes. Intellectuelles féministes, philosophes et sociologues dénoncent le patriarcat, la domination abusive des pères, source originelle de toute oppression. Dans ce discours, le père est assimilé au mieux à un patron, au pire à un esclavagiste. Le père « copain » est sommé de déposer une autorité jugée anachronique.

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Cyprien Godebski Portrait

Le Code civil entérine les bouleversements des mœurs. Il partage l’autorité parentale à égalité (1970), réduit les inégalités enfants naturels/légitimes (1972 : le père n’est plus désigné par le mariage). Les références mêmes de la filiation sont remises en cause par la procréation assistée. Avec la multiplication des divorces et la garde systématique accordée à la mère, les années 70 et 80 ont vu se multiplier les enfants sans père.

« Les enfants mal identifiés, écrit Cyrulnik, ne connaissent pas ces amputations épanouissantes : pas de projet, pas de compte à régler, pas de névrose douloureuse […]. L’équilibre dans le néant organise des destins guimauve, des biographies à pages blanches» (1989).

L’accusation de faiblesse et d’impuissance s’est généralisée. Un père ni « puissant », ni « chef de famille » peut-il être père ? Un père qui materne ? Qui reste à la maison alors que la mère travaille ?


La défaillance des pères n’est pas l’apanage de notre temps. « Mais derrière la moderne révolte […] se cache une révolution morale sans précédent […], écrit Pierre Oswald, rédacteur en chef du magazine « Famille chrétienne ». Résumonsla en un mot : l’individualisme. Ni Dieu, ni maître, ni père ! » (1996, p.27). « La dérive et l’éclatement de la cellule familiale, poursuit-il, sont aujourd’hui reconnus par à peu près tous les éducateurs, psychologues, sociologues et magistrats, comme la source de maux innombrables, illettrisme, mal des banlieues, drogue, violence, suicides. Liste à laquelle il faudrait ajouter le chômage dont la montée et la durée semblent proportionnelles à l’effondrement des familles […]. En arrachant une à une au père toutes ses prérogatives, la législation « colle » à l’évolution des mœurs et l’accélère […]. Et quand la loi s’aligne docilement sur la technique de la procréation médicalement assistée, elle met un comble à la déchéance paternelle en autorisant le don anonyme de sperme » (Oswald 1996, p.28).

Au moment où le père est dépossédé de ses pouvoirs, jamais, en France, la fonction paternelle n’a été aussi célébrée. Symbolique, universelle et subjectivante, elle fait de nous, des êtres humains. Est-ce que nos sociétés sont en passe de détruire les conditions de la subjectivation, ou ces propos sont-ils une réaction angoissée au changement ?

(Extraits de « Tout ce que tu fais pour la personne sans la personne,
tu le fais contre la personne » J. Godebski, L’Harmattan 2015)

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Ouvrage de J. Godebski

Des vidéos prises sur le vif des ateliers et conférences sont disponibles sur la chaîne :  Jean Godebski – You Tube

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