La Forclusion généralisée

Dans son premier enseignement, Jacques Lacan partait du postulat « N’est pas fou celui qui veut ». Il inventait son concept majeur « La forclusion du Nom-du-Père » : est fou celui qui n’a pu rencontrer dans sa petite enfance une fonction séparatrice tierce, paternelle ou autre (Cf : La pluralité des Noms-du-Pères)… Un « Signifiant Maître » sous lequel il ordonne sa jouissance.

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La Forclusion Généralisée… Peste !

Dans son tout dernier enseignement, Jacques Lacan part du postulat inverse : « On délire tous ! ». Dans son séminaire R.S.I., il avance deux exemples pour montrer les délires de névrosés : le christianisme (la Vierge Marie, la Sainte Trinité, l’Enfer et le Paradis…) et son propre enseignement (les mathèmes, la topologie, les trois ficelles R.S.I.…). Tous délirent, car tous s’acharnent à trouver du sens au réel hors sens… Des « illusions nécessaires » notait déjà Freud.

A la suite des derniers séminaires de Lacan, J.-A. Miller pousse le concept jusqu’à la « forclusion généralisée ». La forclusion du Nom-du-Père ne concerne pas seulement les psychotiques, c’est l’état natif de tout être humain ! Chacun doit se débrouiller avec sa forclusion… Chacun doit inventer, bricoler un quatrième rond (une suppléance) pour nouer ensemble réel, symbolique et imaginaire. Ce nouage bricolé, cette suppléance généralisée, peut être la fonction paternelle freudienne de l’Œdipe, un Nom-du-Père ou un Signifiant Maître (Travail, famille, patrie…), un art, une œuvre ou même un nom. « La fonction du père est une pure fonction de nomination, de conjonction du réel et du symbolique » (J. Lacan, 2005).

Ce nouage, cette suppléance, ce symptôme ou sinthome peut être plus ou moins solide, dur ou flexible… Il peut totalement lâcher vers vingt ans (comme dans la plupart des schizophrénies), être plus ou moins souple (les névroses « non pathologiques ») ou rigide (la psychose ordinaire non déclenchée), tordu (perversion) ou au contraire écraser le sujet (névrose pathologique, psychose).

Avec la forclusion généralisée, la clinique structuraliste des névroses, psychoses, perversions s’estompe pour laisser place à une clinique borroméenne : celle d’inventer, bricoler un nouage propre à chacun, un nouage qui tienne. Savoir y faire avec sa jouissance, tel est le but de cette clinique continuiste.

(Extrait de « Le tout dernier enseignement de Lacan »
J. Godebski, L’Harmattan 2015)

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« Le tout dernier enseignement de Lacan »

Des vidéos prises sur le vif des ateliers et conférences sont disponibles sur la chaîne :  Jean Godebski – You Tube

4 réponses sur “La Forclusion généralisée”

  1. Un nouage qui lâche pendant une thérapie ! Il faut savoir s’en bricoler un autre ! C’est un dur travail !
    Je comprends mieux Lacan avec vous !
    Dans vos petites publications !
    Cordialement.
    Anne Debonnel

  2. Je préfère me tenir à une forclusion propre à la psychose et considérer comme fonctionnel le « nom du Père » tant pour les perversions que pour les névroses. Ainsi se repèrent dans la structure des éléments propres à la psychose et d’autres propres à la Moebiennisation que je tiens hors forclusion justement.
    Pour ce qu’il s’agit de la remise en cause par Lacan de sa première proposition, le « savoir y faire avec le non sens » différencie la stase du psychotique là ou il y a « passe » possible pour le névrosé et/ou le pervers…qui de fait ne délirent pas.

    1. Bien sûr le tout dernier Lacan n’annule ni ses travaux précédents ni même ceux de Freud. Dans cette dernière « topique » le nœud borroméen n’existe plus, et chacun fait suppléance avec ses symptômes… Un quatrième lien. Ainsi le Nom du Père est lui même considéré comme un symptôme, un délire (une père version !). On délire tous (et l’histoire de l’Humanité lui donne plutôt raison… non ?). Amicalement, JG.

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