Loczy où l’autonomie apprise aux nourrissons

L’institut Pikler, dit « Loczy », a été fondé dans les années 1930 à Budapest, Hongrie. Ses principes sont donc validés par plusieurs décennies de pratique. Pour le Dr Pikler, ce que l’institut doit offrir aux nourrissons, ce n’est pas un mode de vie ressemblant dans sa forme à une vie de famille, car ce serait illusoire. Les séparations inévitables, les déchirements et les deuils successifs rendront incapables, avec le temps, enfants comme adultes d’entrer dans une relation stable d’échanges et de confiance.Il est donc primordial de ne pas entretenir chez l’enfant l’illusion que l’adulte qui s’occupe de lui est sa mère. Et ne pas l’abandonner aux effets destructeurs des séparations qui suivent les élans passionnés et incontrôlés de sentiments d’amour possessifs.

 Néanmoins, avec des enfants sans liens affectifs, qui acceptent sans ciller toutes les séparations… C’est pire ! Le manque de lien affectif en début de vie a des effets bien plus tragiques encore sur l’avenir de l’enfant. Il fallait donc trouver des solutions originales prenant autant en compte les détails de la vie quotidienne que les exigences du long terme. Des solutions telles, que la personnalité de l’enfant puisse se construire sur la richesse de relations de profond intérêt que l’adulte peut offrir, afin d’avoir un développement affectif et mental sain et la possibilité de tisser des liens durables et significatifs. Pour ce travail, les points de repère sont toujours les enfants eux-mêmes : « Qu’en pensent les enfants ? ». Comment se sentent-ils ? Que vivent-ils ? Comment réagissent-ils ? En arrière-plan des principes qui régissent la vie quotidienne des enfants, il y a un travail systématique d’observations attentives et durables. Pour Pikler, l’indicateur d’un développement « normal » est un comportement « normal ».

La manière particulière de s’occuper des enfants à Loczy, est l’importance accordée à l’activité autonome du jeune enfant -dont la base est la motricité libre (Pikler E. 1979). Pour beaucoup, constater tout ce dont est capable un nourrisson si l’adulte lui en donne les moyens est une grande surprise. C’est-à-dire, si l’adulte sait « attendre » et laisse le temps pour que l’enfant fasse à sa manière particulière, il découvre ce que l’enfant « veut » et ce qu’il « peut » faire avec bonheur… Et comment il est capable de tergiverser, de « discuter », de faire des compromis. Découverte de toute la richesse d’une « conversation » avec un nourrisson, de l’attention dont il est capable et de tout ce qu’il peut apprendre… D’autant plus si la relation avec l’adulte est intime et compréhensive. Si avec cette méthode « d’écoute », l’enfant semble, à première vue, en retard dans l’acquisition de ses stades moteurs, il est par contre plus sûr de lui et ses mouvements sont plus harmonieux. Ce qu’il sait faire, il le fait bien. Il expérimente, s’intéresse, questionne… Il est capable de se mouvoir, d’être attentif et intéressé, d’être autonome.

Si l’enfant joue de manière autonome, et que l’adulte considère cette activité comme riche et intéressante alors qu’il s’occupe d’un autre enfant, le temps qu’il passe avec cet autre enfant sera aussi plus riche et intéressant que s’il avait le sentiment que l’enfant resté seul l’attendait. Ce temps riche passé avec l’autre enfant assure ainsi une sécurité affective qui permettra à cet enfant de jouer ensuite, à son tour, de manière autonome sans se sentir abandonné. « Pour beaucoup d’adulte, ce nouveau sentiment signifie une libération ! » (Szanto-Feder A. 2002, p.13).


Deux études portant sur 30 enfants de 4 et 9 ans (Hirsch M.) puis 150 jeunes de 14 à 24 ans ayant séjournés à Loczy (O.M.S.) ont montré leur développement normal, leur intégration dans leur « famille » puis à l’école (niveau scolaire équivalent aux autres). Aucun n’est tombé dans la délinquance. Une recherche ultérieure a même montré qu’ils étaient aptes à fonder des familles stables et à élever de nombreux enfants. « Pour ces enfants il faut assurer des institutions telles -et c’est la base de l’activité de Loczy- qu’ils puissent y grandir en vue d’une vie de famille : que chacun se sent un jour « enfant dans sa famille » puis, dans une perspective plus lointaine, puisse devenir mère ou père de famille » (Dr Pikler in Szanto-Feder, 2002, p.8). Toutes les recherches attestent de cette réussite.

(Extraits de « Tout ce que tu fais pour la personne sans la personne,
tu le fais contre la personne » J. Godebski, L’Harmattan 2015)

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Loczy, le maternage insolite

Des vidéos prises sur le vif des ateliers et conférences sont disponibles sur la chaîne :  Jean Godebski – You Tube

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