Passe-Port … Le refus des illusions ?

La traversée du fantasme ou le refus des illusions

P.P. : Il y a des portes qui peuvent ouvrir sur la rêverie et l’inadaptation au monde, mais il y a des portes qui peuvent ouvrir sur la folie, la seconde mort, l’horreur psychotique du vide… On peut rencontrer, je crois, de pareils instants en psychanalyse ; ça s’authentifie à travers la passe, telle que Lacan l’avait instituée et que les lacaniens tentent de perpétuer. La traversée du fantasme disent-ils. Oui, il peut y avoir un moment horrible. Il n’est pas fait d’êtres monstrueux, de figures menaçantes, c’est vraiment une espèce d’horreur du vide.

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Cyprien Godebski Portrait

J : Le désêtre permet de poser la question : comment faire avec le manque ?  Il faut passer par le vide pour faire du nouveau…

P.P. : C’est une situation-limite plus névrotique que psychotique. Même si ça paraît paradoxal, je me disais en vous écoutant, que le mélancolique a au moins la douleur de la mélancolie pour lui tenir lieu d’objet, alors que le vide horrifique n’est que le vide. Il y a ceux qui s’entaillent, se brûlent, pour au moins sentir qu’ils sont vivants, vivants-morts.

J : « On délire tous » … On revient au semblant ?

P.P. :  Je crois qu’il y a une souffrance propre au psychanalyste qui est d’avoir vu l’illusion, d’avoir pris la mesure de l’illusion et de sa nécessité. Dieu merci ensuite il l’oublie. Ceci-dit, il ne s’agit pas, dans la pratique analytique, de désillusionner quelqu’un. S’il doit le faire, il le fera de lui-même.

J : Il s’agit de l’amener à être dans ses propres illusions … pas dans la jouissance de l’Autre.

Ce qui fait la fraternité des hommes entre eux,
c’est qu’ils se savent mortels

P.P. : 
De l’humanisme… C’est-à-dire qu’au fur et à mesure que j’ai vieilli, je suis devenue sensible à la douleur de l’autre, cet autre que je n’appréhendais pas du tout. Plus j’ai médité sur la question de la mort plus je l’ai appréhendé… Jean-Luc Nancy ainsi que Derrida qui participait à son groupe ont écrits de beaux textes sur ce qui fait la fraternité des hommes entre eux parce qu’ils se savent mortels. La fraternité de conscience avec celui qui va mourir est à double face : je vais le perdre mais inversement je suis amenée à penser ma propre perte à la lumière de la sienne. C’est là une réciprocité où l’on découvre son humanité à la lumière de ce qui arrive à l’autre. Nous partageons l’insupportable.

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Le Passe-Port

P.P. : Tout ce qu’on peut faire c’est témoigner pour soi. Pas pour l’autre. Notre société a horreur de la finitude. Il y a deux choses que notre société ne veut pas voir : la finitude et le tragique. J’aime bien Pascal quand il écrit : « Quelque plaisante que soit la pièce, la fin en est toujours tragique. »

Le Passe-Port est un livre d’entretiens de Paule Plouvier, professeur de poésie à l’Université Paul Valery à Montpellier et psychanalyste, Christiane Anglés Mounoud, écrivain, coach en écriture et Jean Godebski, psychanalyste, psychothérapeute. Il est publié chez L’Harmattan – janvier 2019.

Des vidéos prises sur le vif des ateliers et conférences sont disponibles sur la chaîne :  Jean Godebski – You Tube

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