Par Jean Godebski Psychothérapeute Psychanalyste
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A quoi sert la culpabilité ? Dans Malaise dans la civilisation, Freud nous explicite le premier ressenti qui bouleverse l’être humain : Un profond sentiment de haine !
Face à ce sein qui tarde, ce biberon qui ne vient pas alors que bébé pleure… de plus en plus fort, de plus en plus longtemps… Alors qu’il se vit comme un avec sa mère, un même corps, une même personne, une unité… Le nourrisson croit que sa mère ne veut pas le nourrir. Ma mère ne m’aime plus ? Elle me rejette ? Elle me laisse mourir ? Cet Autre là, contre moi… Je la déteste.
A la suite de Freud, Mélanie Klein décrit cette pulsion de mort, cette pulsion de haine par le clivage : Je déteste la mauvaise mère extérieure et j’aime la bonne mère intérieure… Ainsi « Toutes des putes sauf ma mère », ainsi le ravage Mère/fille (J’aime ma mère je me déteste ou je m’aime/je déteste ma mère), ainsi le racisme (nous sommes aimables, les autres haïssables).
Cette pulsion de mort décrite par Freud comme « pire catastrophe de l’humanité » est la cause de tous nos conflits, de toutes nos guerres… Mais elle est aussi fondatrice de l’individuation du sujet humain… Le nous devient Je… Je suis.
Face à cette castration avant l’heure : Je ne suis pas ma mère… Je suis un bébé tout seul… Plusieurs mécanismes de défense sont possibles :
Dans la structure psychotique : la schizophrénie « Ce n’est pas vrai, nous sommes toujours Un » ; La paranoïa « Ce n’est pas vrai, ce sont les autres qui complotent contre nous » ; Enfin la mélancolie « Si c’est vrai, tout est foutu ! »
Dans la structure Perverse « C’est vrai, mais avec un objet (un doudou), elle est toujours avec moi » ou encore « C’est vrai, mais comme je suis ce qu’elle attend de moi, elle ne peut me laisser »
Dans la structure névrotique enfin « C’est vrai mais c’est de ma faute… C’est moi qui suis mauvais, sale, pas aimable, coupable… Si je suis autre, l’enfant qu’elle attend, bon, gentil, aimant… Elle va revenir damned»
Ainsi contrairement au préjugé, ce n’est pas l’Autre, Dieu, la société ou mes parents qui m’ont jugé mauvais, pas aimable… En tant que Névrosé, la culpabilité est de structure, car c’est le moyen le plus efficace (le moins coûteux) pour survivre, effacer, refouler cette insécurité d’être un bébé tout seul… Traumatisme de n’être pas unis, de ne pas faire qu’un avec l’Autre… Fantasme de la complétude.
Ce nourrisson qui dépend en tout, entièrement de sa mère (ou de la personne en charge de cette fonction maternelle) n’a pas les moyens de la haïr… Si je pense que ma mère me veut du mal… Je meurs !
Haine mortelle, impensable, impensée… Le clivage ne peut pas être sur ma mère (si c’est de la faute de ma mère c’est foutu !), mais en moi : Il existe un moi mauvais, haïssable, qui porte ce traumatisme de séparation… Mais ce nourrisson détestable, cette culpabilité, je la fais disparaître, je l’enfouie au plus profond, je l’oublie ou la projette à l’extérieur… Moi je suis une belle personne aimable et donc en sécurité… Jamais ma mère ne va m’abandonner sacrebleu… Jamais !
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Un regard très convaincant sur l’origine des origines de la culpabilité.
Les mécanismes de défense relèvent d’Anna Freud opposée à M. Klein. Malaise dans la civilisation me parait inappropriée pour traiter de l’infans. Le For Da l’est bien davantage. Le » nounou » objet transitionnel du côté de la perversion? Comprends pas. Le petit en fant « hallucine » l’absence de la mère (Klein) . Pour le clivage OK.
Cordialement.
Je garde « les mécanismes de défenses » (comme le refoulement par exemple) car je ne sais les nommer autrement (mais pas Anna Freud, à l’origine pour moi, d’une grande dérive de la psychanalyse)… C’est dans Malaise dans la civilisation que Freud évoque ce premier sentiment qui fonde l’être humain : un profond sentiment de haine (la pulsion de mort)… Le doudou (et non « nounou » ??) est l’objet par lequel rien ne manque (objet fétiche par excellence), l’enfant est pervers polymorphe (il traverse (ou pas) les structures (schizophrène, paranoïaque, mélancolique, pervers, névrosé), en garde des traits plus ou moins saillants… Cordialement JG.
C’est limpide ! Merci
Lapsus nounou – doudou ok. Anna Freud chantre du Nous – nous et du Moi – moi et son mécanisme de défense si controversé…Plutôt que d’aller le chercher du côté du Malaise dans la Civilisation qui touche au collectif, il me semble que la pulsion revisitée par Lacan depuis Freud (Destin des Pulsions par ex. ou Au-delà du principe de plaisir…) serait une benne voie.
La culpabilité n’est pas la racine, mais le symptôme d’une limite symbolique devenue défensive.
Elle apparaît lorsque le flux vital, au lieu de s’élancer vers l’Autre, se replie pour maintenir le lien.
Le nourrisson ne découvre pas qu’il est mauvais, mais qu’il est séparé : la blessure n’est pas morale, elle est ontologique.
Conformément à Adler, l’agressivité — couronne des pulsions — agit comme la seconde bobine de Ruhmskorff : elle amplifie la tension vitale et doit être régulée par le tuteur maternel, pare‑excitation qui introduit la tolérance à la limite.
Si cette régulation manque, l’énergie reste brute ; l’environnement se transforme en persécuteur ou en miroir fusionnel.
La culpabilité surgit alors comme tentative secondaire de réparation symbolique du lien brisé.
Elle demeure absente dans les structures perverses, où le lien est manipulé, et n’apparaît qu’ébauchée dans la psychose, où la limite se dissout.
La doctrine psychanalytique y voit une faute ; la phénoménologie du Souffle y perçoit une perturbation de champ.
Quand la limite devient acceptée comme souffle de vie et non comme coupure, l’agressivité se redresse et cesse d’être destructrice.
Freud parlerait de liaison entre pulsion de mort et pulsion de vie ; Klein évoquerait le passage de la position scindée à la position dépressive ; le Souffle dit : la tension s’est faite respiration, la haine s’est changée en moteur de relation, le monde a recommencé à respirer avec nous.
Ce texte garde la traçabilité freudienne et kleïnienne, tout en rattachant la lecture énergétique (le Souffle) de façon fluide, propre à servir de synthèse ou de réponse analytique rigoureuse.
Oui nous n’avons pas ni les mêmes mots ni les mêmes références… Mais nos façons de voir sont assez proches. La psychanalyse voit rarement une faute et ni même un but à atteindre… Elle constate et tente de répondre a : comment je vis avec ma culpabilité ? Avec mes symptômes ? Avec mes traumas ? Cordialement JG.
Merci un éclairage très intéressant
Un résumé tout à fait excellent de ce que j’ai intégré de ma psyché après plusieurs années d’analyse.
Merci
Jacques Lemoine
Je ne suis pas d’accord du tout avec ce discours psychologisant, empreint de la continuité des coordonnées spéculaires. Il n’est pas neuf. Il a fait l’objet d’une multiplicité de redites. Il vérifie le fait que le supposé mouvement psychanalytique est désormais sans surprise. Rien de plus logique à continuer à en jouir.
Bonjour, je ne comprends pas bien votre critique ? Pouvez la vous préciser ? Pour ma part, je n’ai pas souvent rencontré cette idée que notre culpabilité était un mécanisme de défense qui nous sauvait la vie saquerlotte !?
1 Certes cest une grande souffrance que doit ressentir le bébé et il crie. Mais pourquoi dire que cest de la haine. On ne peut pas le vérifier.
2 et lorsque la mere abandonne l’enfant ? Ne serait ce pas le paroxysme de la douleur et de la culpabilité ? Se sentir complètement nul, insuffisant, etc etc
Bonjour, on vérifie la haine et l’agressivité de l’humain tout les jours, sa propension a faire des guerres, des conflits, a détruire l’autre, son environnement et lui-même. On le vérifie comme retour du refoulé cad qu’il y a une haine au fond de nous qui ne demande qu’à jaillir ! La pulsion de mort, l’éjection brutal du nourrisson du corps de sa mère, le sevrage, la mise à distance parfois brutal, le sentiment d’être un nourrisson pas aimé, rejeté, abandonné… Tout cela est de l’ordre du trauma (il est impossible physiquement et psychiquement que ma mère me rejette !), cad que le bébé heureusement ne ressent pas cet impossible immédiatement refoulé… Mais garde les traces neuronales de ses ressentis qui ressurgiront plus tard (mors d’une rupture, d’un divorce, d’un conflit…).
Il s’agit du bébé. On ne peut pas vérifier si un bébé ressent de la haine ou pas
Oui comme tous les traumatismes… Ils sont effacés, leur symptôme sont dans l’après coup,on ne peut jamais vérifier. On constate juste les répétitions, on essaie se rapprocher par les mots et les images (les rêves aussi) du traumatisme initial qui peut être très symbolisé (ancré sur dans le langage) ou au contraire sans mot… Mais pas sans maux de corps (ex l’anorexie boulimie)… Que l’on peut dater sans doute d’avant le langage… L’idée de la psychanalyse n’est pas de prouvé que le traumatisme est totalement vrai, non ! L’idée de la psychanalyse s’est de se libérer de ces symptômes, ces répétitions mortifères et cette haine vis à vis de l’Autre comme de soi même…